Derrière la flamme : quand le verre imite la peinture
- verlota

- 23 juin
- 4 min de lecture
Retour sur une petite anecdote à la Biennale Internationale des Arts du Feu à Baccarat 2026

Une exposition, ça se prépare pendant des mois...
J'ai eu l'opportunité de participer à la Biennale Internationale des Arts du Feu à Baccarat. Ce fut une expérience riche en rencontres et en partages. Je m'étais évidemment mis la pression depuis plusieurs mois pour préparer de belles pièces à exposer et ne pas me sentir trop "petite" à côté des artistes présents lors de cet événement. Pour cela, j'ai rassemblé toutes mes connaissances et techniques apprises lors de mes stages de perfectionnement et masterclass avec des artisanes verrières reconnues. Je les ai mises en application pour pouvoir créer des pièces qui ne demandaient qu'à sortir de ma tête. Chose faite, je suis prête, je mets en place un joli stand avec du bois récupéré dans la nature en guise de support, et le tour est joué, tout est en place.
Les visiteurs arrivent et découvrent l'exposition
Les visiteurs passent ou s'arrêtent sur les stands car ils s'interrogent, c'est là que j'explique mon travail de filage de verre au chalumeau. Je leur raconte les bases du filage de verre et ce qui anime mon inspiration, qui est bien souvent la nature, les paysages et les fleurs.
J'ai deux pièces en particulier qui sortent du lot et dont je suis fière. Elles représentent des fleurs en volume, ce que l'on appelle dans le jargon verrier l'implosion. Elles ont un côté réel ou semblent tout droit sorties d'une peinture, à tel point que certains visiteurs ne croyaient pas que c'était que du verre, mais de la peinture, voire une pastille d'Epoxy avec un dessin en dessous...ce qui est très réducteur pour quelqu'un qui façonne le verre en fusion. J'ai dû leur expliquer comment je suis arrivée à ce résultat qui pour eux semblait relever du hasard ou de la magie.
Non, ce n'est pas de la magie quoique...
Maîtriser l'implosion n'est pas toujours une tâche facile, entre l'idée de départ attendue et le résultat obtenu, il y a parfois un grand fossé. La couleur de verre peut également faire varier le résultat, mais avant tout les gestes sont précis, et les étapes importantes. La première est l'idée sur papier, je dessine mon idée sur papier en imaginant les couleurs que je vais utiliser, tout en faisant attention aux couleurs inadaptées. Par exemple, certaines couleurs n'auront pas de bord net et les pétales ne seront pas bien dessinés dans le verre. Ensuite, je réfléchis aux étapes que je devrais suivre dans un ordre bien précis et les note. Enfin, je me mets au travail derrière le chalumeau. Je dois commencer par toute la préparation nécessaire à la confection de la perle. Bien souvent je vais tirer des fils de verre de couleurs, préparer quelques murrines, travailler les couleurs qui constitueront le fond de la perle. Tout cela fait, je commence à confectionner ma perle, et c'est à ce moment-là que la magie se présente. Le verre en fusion est hypnotique mais il faut tout de même être concentré, je regarde mes notes pour ne pas faire d'erreur mais la magie opère lentement. La perle prend forme et tout le travail fait au préalable va me permettre de dessiner la fleur à l'aide de la technique de l'implosion. Les fils de verre vont être déposés sur le verre en fusion de manière à ce qu'ils révèlent une fleur. Tout se joue sur la gravité, des gestes précis, de la concentration et la gestion de la flamme pour obtenir le résultat souhaité. La moindre distraction ou erreur peut ruiner les attentes, tout ça dans un état "hors du temps".
Suis je légitime dans le monde du verre?
Je tenais à raconter cette histoire car le parcours d'artisane n'est pas toujours tout rose, je suis souvent prise de doutes et de peurs. Cela me permet de me remettre en question très souvent, mais aussi de me challenger car j'ai envie de faire de belles choses et de réussir à créer mes idées en verre. Concernant cette anecdote, je suis restée sur le fait que cette personne n'avait pas pris au sérieux mon travail malgré mes explications et n'était toujours pas convaincue que c'était du verre, pour elle ce n'était pas possible ou alors c'est du hasard...Avec le recul, je peux le prendre différemment, le voir comme un compliment. La question que je me pose toujours est : est ce que je dois batailler pour me justifier comme je l'ai fait la prochaine fois? Car le vrai sentiment qui me ronge au final : Suis-je légitime dans ce domaine ?

Une passion pas encore prête de s'éteindre
L'aventure du verre pour moi n'est pas terminée, car l'envie est là, l'envie de faire, l'envie d'apprendre, l'envie d'expérimenter encore et encore, l'envie d'admirer de grands verriers et de me dire moi aussi un jour j'y arriverai car tout ça, c'est de la persévérance, de la patience et de longues années de pratique.
Je ressors de cette biennale avec déjà plein d'idées et d'envies à réaliser. Affaire à suivre...








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